Malaisie

Chapitre 1 : Première fois

Les jours s’enchaînent et ne se ressemblent pas. Après un court séjour à Singapour, je suis rendu en Malaisie. Une fois n’est pas coutume, j’ai réussi à convaincre mes parents de me rejoindre dans cette grande aventure. Dix jours à peine, mais de quoi chambouler leur quotidien, sans aucune doute. C’est l’heure des premières fois ! Ils n’ont jamais quitté l’Europe auparavant, ont toujours eu une appréhension concernant l’Asie en termes de sécurité et d’hygiène. L’occasion de briser certains stéréotypes et clichés tenaces que j’ai déjà pu entendre mille fois de leur bouche. Les “C’est très pollué”, “On y mange du chien”, et “Ils conduisent comme des sauvages” ont longtemps été monnaie courante lorsque j’évoquais la possibilité d’un long trip en Asie. Je les attends à Kuala Lumpur, situé à plus de 10.000 kilomètres de Villers-poterie, petite ville lovée dans la commune de Gerpinnes, à la frontière avec le namurois. Il est clair que ce voyage a été rude à négocier. « Tu n’as qu’à revenir, je n’ai pas envie d’aller là-bas », m’avait clairement fait comprendre mon père à plusieurs occasions. Grâce à quelques techniques de chantage, ma mère avait finalement réussi à convaincre le pauvre bougre de se lancer à l’aventure. Cependant, à une seule condition, partir en voyage organisé et ne pas devoir tout faire par nous-mêmes. Exit donc les bus locaux ou les plans de dernière minute, nous sommes donc passé par une agence et avons concocté un planning alliant découverte, culture, un peu de marche tout de même, et finir par une île pour le côté farniente. Je m’étais également chargé de leur trouver des billets à un prix intéressant. Je finis par trouver deux allers-retours au départ de Bruxelles pour 1700 euros. Je décide de les appeler sur Whatsapp, sans mettre la vidéo.

Mon look de hobo avant de rejoindre mes parents

-Oh, ce n’est pas encore trop cher, s’étonne mon père, mais…qu’en est-il des compagnies ?
-Vous partez avec Turkish Airlines et vous avez une escale à Istanbul de quelques heures avant de vous diriger vers Kuala Lumpur
-…Est-ce bien raisonnable ?, m’interpelle mon père
-De quoi ? Qu’est ce qui ne serait pas raisonnable ?
-Turkish airlines, je crois que ce n’est pas une compagnie sûre. Il est préférable de payer plus et de chercher mieux
-Ha ben pourtant elle fait partie des 60 compagnies aériennes les plus sûres au monde, répondis-je en m’étant renseigné au préalable, elle est 50e en 2017
-Ha okay d’accord. Et qu’en est-il de la sécurité aéroportuaire d’Istanbul ? Ils ont tout de même connu un attentat il y a quelques années
-Vous partez de Bruxelles, exact ?
-Oui, mais…
-Bruxelles a aussi connu un attentat et pourtant tu n’as pas peur de t’y rendre pour prendre l’avion, donc il ne devrait pas avoir de souci, le coupais-je en essayant de contourner sa peur
-Je vais en discuter avec ta mère car je ne sais pas si elle sera prête à aller à Istanbul
-Istanbul?, s’écrie ma mère, mais c’est en Malaisie que je veux aller moi !
-Non, non, expliquais-je à nouveau, c’est juste pour l’escale, calmez-vous ! Vous restez juste à l’aéroport et c’est tout

Mes parents n’ayant que très peu voyagé de leur vie, je pense qu’ils n’ont jamais vécu une escale ou un transit et sont, par conséquent, inquiets. La moindre perturbation ou changement de plan leur paraît insurmontable.

-Vous n’avez rien à faire, vos bagages transiteront d’eux-même car le second vol est opéré par la même compagnie. Vous n’avez qu’à patienter à l’aéroport, allez manger un bout, faites du shopping ou prenez un café quelque part.
-Okay, si tu nous certifies que c’est sûr, on te fait confiance
-Tout se passera bien, les rassurais-je

Cherating et ses singes qui se prélassent comme des pachas

Le jour de leur arrivée, je reviens en bus de Cherating, sur la côte est malaisienne. A peine arrivé je constate avec effroi qu’il me manque mon portefeuille. Je panique et commence à ouvrir mes sacs, mais c’est sans espoir. Lorsque je réalise que ma poche est ouverte, je comprends instantanément qu’il a dû tomber de cette dernière lorsque j’étais assis dans le bus. Pas de chance pour moi, ce dernier a déjà repris la route, direction le nord. Je me rends catastrophé à l’office pour demander de l’aide. J’explique la situation à une femme située derrière le comptoir. Elle s’empresse de téléphoner au chauffeur et arrive à négocier avec lui qu’il m’attende pendant 20 minutes.

-Voici l’endroit où il vous attendra, m’explique-t-elle, par contre, il ne pourra rester qu’une vingtaines de minutes, pas plus. Sinon, il va prendre du retard !
-Okay un grand merci ! Est-ce loin d’ici ?
-Oh oui, il vous faut un taxi pour aller là-bas

Je salue la dame et la remercie en filant vers la zone des taxis. Je n’ai bien évidemment pas de cash sur moi, mais je tente d’amadouer un taxi en lui expliquant la situation

-Dès que je retrouve mon portefeuille, je serai en mesure de vous payer, lui assurais-je
-Allons-y alors !, me lance-t-il d’un air confiant

Une fois arrivé à la destination indiquée par la dame de l’office, je constate avec amertume qu’aucun bus n’est présent. “C’est foutu”, pensais-je, “juste avant que les parents arrivent, parfait!”, ironisais-je. J’erre le long de la rue en question, mais je commence à perdre espoir. Je décide d’entrer dans un restaurant situé en face de l’arrêt de bus en question.

-Bonjour, lançais-je à la serveuse en rentrant, à tout hasard, le bus censé se rendre au nord du pays est-il déjà parti ? Le chauffeur était censé me rendre un portefeuille
-Ha celui-là ?, me répond-elle en ouvrant un tiroir et en brandissant ce dernier
-Oh oui !! M’exclamais-je presqu’en larmes

Je récupère mon dû et remercie la serveuse, mais quel hasard ! Et quelle idée saugrenue de la part du chauffeur de bus que de confier mon portefeuille à la serveuse d’un restaurant! J’ai eu une chance de cocu, ça c’est clair !

Je décide de reprendre le même taxi pour repartir à la station de bus. Après l’avoir payé, je me rends à la station de métro pour rejoindre mes parents à l’aéroport de Kuala Lumpur. Après une grosse demie-heure d’attente, ils sont enfin là. Exténués, mais en un seul morceau. Je suis fier d’eux, ils sont réussi à surpasser leurs peurs, mais je sens une forme d’inquiétude dans leur regard. Ils sont en territoire inconnu et loin de se douter de ce qui les attend…

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