Vietnam

Chapitre 5 : L’aube d’un nouveau jour

De retour de mon excursion avec de bonnes nouvelles, je décide de me rendre à Ben Tre, au sud d’Ho Chi Minh. Mon but était d’éviter à tout prix de rester dans une grande ville afin d’expérimenter un peu un autre aspect du Vietnam.

Petite ville sans prétentions, mais reposante

A peine arrivé, je me balade et je remarque non sans amusement la stupéfaction des locaux. Des visages hébétés qui lorgnent mes moindres faits et gestes, accompagnent de leurs mirettes mes déplacements hésitants. Les yeux s’écarquillent, les sourires fleurissent à chaque coin de rue, les bras se tendent et les mains s’agitent pour me saluer. Ho putain, ça fait du bien de ne plus avoir des gens qui tirent la gueule à tous les coins de rue. Je décide de faire un peu de sport dans le parc afin de m’occuper et reçoit des applaudissements et encouragements des locaux. De véritables crèmes qui tentent de m’apporter leur soutien alors que je peine à exécuter une série de 20 pompes.

Les parcs sont kitschs parfois

Après l’effort, le réconfort, direction dans un petit boui-boui. Sans aucune hésitation, la cuisine vietnamienne est l’une des plus raffinée: délicieuse, pas très grasse, pleine de saveurs, une véritable explosion de saveurs en bouche. Fan de nourriture asiatique, je suis en plein orgasme gustatif.

Pho Beef Noodle Soup : le pied !

A peine ais-je quitté le restaurant qu’un homme édenté en moto, s’arrête devant moi. Il me sourit et me demande d’où je viens. Je lui réponds tout en restant méfiant. Au moment où il m’explique qu’il est guide privé et qu’il me propose un tour pour les Cu Chi tunnels, je souris en lui rétorquant que je ne suis pas intéressé.

-Attends, me répond-il, regarde ça !

Il me tend alors un carnet, ressemblant à s’y méprendre à celui qu’avait Max. Je parcours le carnet et constate le même type de commentaires vantant les louanges de mon guide et ô combien intéressante était la visite qu’il leur avait proposée.

-Je me suis déjà fait arnaqué ! Lui répondis-je, mais merci quand même et bon courage pour plumer d’autres pigeons.

-Ce n’est pas de l’arnaque, me jure-t-il avec un air décontenancé, c’est un vrai tour privé.

Je lui rends le carnet, esquisse un dernier sourire et le laisse penaud en pleine rue. Une fois, mais pas deux ! Après cette après-midi plutôt encourageante, je décide de me balader en dehors d’Ho Chi Minh, aux abords de la station de bus. Il est 18h30, j’ai bien le temps, je ne démarre qu’à 23h40, direction Da Lat. Un voyage en bus couchette de 8 heures, parfait pour ne pas perdre trop de temps et avoir une bonne nuit de sommeil. Je me rends dans un petit restaurant pour manger et y savourer une bière. Une vingtaine de minutes s’écoule, mon repas est englouti, mon verre est vide. Je m’apprête à quitter l’établissement pour me diriger vers la station de bus.

-Hey toi ! Viens ! Me lance un homme parmi un groupe attablé derrière moi

Je m’approche avec mes deux sacs à dos et il me demande si je veux me joindre à eux pour boire une bière. Je lui réponds avec plaisir et une serveuse me ramène un petit tabouret sur lequel m’asseoir.

-Tu viens d’où ? me lance Lou

-Je viens de Belgique, je voyage seul au Vietnam, c’est mes premiers jours ici

-Excellent ! Me répond-il, on va fêter ça ! Tiens, prends une bière

Lou me tend un petit verre dans lequel il verse un peu de Saïgon beer. Il agrippe ensuite une pince et récupère un énorme cube de glace qu’il dépose dans mon verre. Premier sacrilège pour le Belge que je suis. Un glaçon dans ma bière, mais putain ! Vous êtes malades !? Pourtant, ce sera le premier d’une longue série de bières plates. Les Vietnamiens sont de gros buveurs en règle générale. Ils mettent toujours de la glace dans leurs bières, ce qui leur permet de descendre des quantités astronomiques de breuvage et de faire durer leurs soirées jusqu’au bout de la nuit. Lou est le seul de la bande à parler un anglais correct. “Normal, je suis professeur d’anglais”, réplique-t-il en riant. “Mes amis ne me prennent pas au sérieux car ils ne comprennent pas ce que je raconte. Ils pensent que j’invente des mots”, me confie-t-il. Ses amis autour de lui sont hilares. Il est vrai que son accent vietnamien peut-être compliqué à déchiffrer par moment, mais il n’a vraiment pas de quoi rougir. J’apprends quelques mots en Vietnamien en suivant leurs conseils. Mon accent est tout aussi dégueulasse, fait rire tout le monde dans le restaurant, mais l’ambiance est bon enfant. Le temps passe et j’en suis déjà à ma 5e bière. Je n’ai pas vraiment le temps de l’apprécier, ni de la déguster car elle se termine à coups de “một hai ba, yo” (« 1,2,3 santé! »). Tout est prétexte pour lever son verre, une bonne blague, une histoire, une musique, une belle fille dans la rue. Les verres lévitent et l’alcool disparaît sans laisser de traces en quelques secondes à peine. Il est déjà 20h30 et la soirée n’est pas finie. Lou et ses potes décident de m’emmener jouer au billard dans un bar voisin. Une fois sur place, les cris fusent, les onomatopées d’exclamation s’échappent de bouches étonnées à ma présence. Je suis le seul blanc à bord. Je décide d’aller au bar acheter un seau de bières pour remercier Lou et ses potes pour la soirée. Je joue quelques coups avec eux, l’alcool me monte au cerveau, mes coups sont avortés. J’en ai bu bien plus que ce que je n’aurais dû, mais pour ma défense, ces bières coupées à l’eau ne me font rien. Après la 12ième, l’euphorie est tout de même présente.

La « fin » d’une longue soirée

Il est 22h30, le bar est presque vide. Il est temps pour moi de quitter mes potes de beuverie. Je les remercie chaleureusement pour cette soirée imprévue et me met, tant bien que mal en route vers la gare des bus. Légèrement pété, avec 15 kilos sur le dos et un sac supplémentaire de 10 en mode bébé koala, je galère à marcher. Je finis par arriver dans une petite ruelle, il est 22h50, je ne suis plus qu’à dix minutes à pied de la gare des bus.

-Hey, hey, hey !! Hurlent plusieurs voix aux abords d’un restaurant de rue à moitié fermé.

Je m’aperçois que trois mecs sont en train de faire leur after (probablement le patron du restaurant et ses amis) et me font de grands signes. Je décide de m’approcher et voit leurs visages s’émerveiller de ma curiosité. Ils me ramènent une chaise, me font asseoir, m’ouvrent une bière qu’ils versent eux aussi dans un verre avec un glaçon, me déposent une assiette en face de moi avec des baguettes. Du poulet épicé, du poisson frit, du riz, du thé, j’ai l’impression d’avoir gagné le premier prix d’un concours. Je reste estomaqué devant cet élan de générosité. Ils ne parlent pas un mot d’anglais, mais tentent de me pousser à la consommation. Je lève mon verre, les regarde dans les yeux et exulte un “một hai ba, yoooooooooo”. Ils explosent de rire et me font des high five en criant “bro, bro, bro!”. Je décide de sortir mon téléphone pour utiliser Google Translate. Nous discutons de longues minutes, mangeons, buvons, rions.

Là, ça ne va plus du tout

Entre deux fous rires, je constate qu’il est 23h30. “Argh”, m’exclamais-je en terminant ma 17e bière de la soirée. Je réalise avec une cruelle apathie qu’il est trop tard pour que je puisse me rendre à pied jusqu’à la station de bus. L”un d’eux regarde mon téléphone et constate que la page avec mon ticket est ouvert. Il me fait un signe de la tête et me montre son scooter. J’acquiesce et le remercie avec de multiples “cảm ơn”. J’arrive de justesse devant la gare des bus, il est 23h39. Mon sauveur pointe du doigt l’un de mes bracelets. Je lui donne en guise souvenirs et le remercie de nouveau. Il me lance un “Bye bro!” accompagné d’un vieux check de RNB. Je souris et me mets à courir alors que j’étais à deux doigts de gerber. J’arrive juste à temps et je m’effondre dans le bus couchette qui m’emmène à Da Lat. Quelle nuit et quelle vision différente du Vietnam ! Cette soirée a véritablement marqué le début d’une nouvelle aventure.

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