Vietnam

Chapitre 6 : Adaptation nécessaire

Le temps passe à une vitesse folle. Les bus couchettes s’enchaînent plus vite que ma consommation de pho. Les villes au Vietnam deviennent de plus en plus accueillantes, de plus en plus intéressantes, les personnes que j’y rencontre sont toutes de plus en plus souriantes et curieuses. Je retrouve enfin une forme de paix intérieure avec le Vietnam. J’ai déjà quitté Da Lat et ses montagnes, pour me diriger vers Nha Trang. Un tout nouveau décor s’offre à moi et ce dernier flirte avec Ibiza. Musiques bruyantes, circulation dingue, plages de rêves, restaurants plus chers qu’à l’accoutumée avec des mets plus luxueux, hôtels surdimensionnées face à la côte, animations de rue en soirée et… des Russes à gogo.

Plages de rêves sans le moindre déchet… Enfin presque….

Oh tu sais, les Russes viennent ici majoritairement pour profiter de la plage. Ils ne voyagent pas beaucoup, ils mangent autant qu’ils le peuvent, boivent à n’en plus pouvoir et restent généralement dans le même établissement pour des longues durées

Quelle ne fût pas ma surprise de constater des menus entiers écrits en cyrillique ! Le Vietnam et l’anglais, c’est déjà compliqué, mais à Nha Trang, le russe est partout, que ce soit sur les affiches, les produits ou les enseignes. Un véritable changement qui montre que le tourisme ici cible bien une niche particulière. De plus en plus de vols directs partent de Russie vers Nha Trang, c’est la destination estivale par excellence.

Un marché de poissons attirant, mais beaucoup plus cher que dans le reste du pays

Une augmentation de 4% des touristes russes a été constatée, notamment dû à des prix sensiblement inférieurs à la Thaïlande. Tout ici est pensé et adapté pour que les Russes se sentent à la maison. Après avoir discuté avec le réceptionniste de mon hostel, tout devient clair. “Oh tu sais, les Russes viennent ici majoritairement pour profiter de la plage. Ils ne voyagent pas beaucoup, ils mangent autant qu’ils le peuvent, boivent à n’en plus pouvoir et restent généralement dans le même établissement pour des longues durées. J’ai déjà eu des personnes qui restaient quasiment un mois ici”, me raconte-t-il tout en jetant un œil à un “soap vietnamien” diffusé sur une petite télé 4:3.

Effectivement, mon dortoir est rempli de Russes. Sur les 10 lits, huit sont occupés par ces derniers. Allongés sur leur couchette en sous-vêtements, ils sirotent de la vodka ou des bières en regardant des vidéos sur leur téléphone, le tout sans écouteurs. L’ambiance est bizarre à Nha Trang, non pas forcément à cause des Russes, mais surtout pas son décalage avec le reste du Vietnam. Ce paradis artificiel me fait penser légèrement à ce que l’on peut voir à Bali avec les Australiens. Venus en vacances, ils sont là pour une seule chose, en profiter à fond, sans aucun respect des locaux, sans aucune envie d’en apprendre plus sur la culture. Ils érigent un nouveau “chez-soi” dans cette bulle artificielle qui les préserve de tous rapports avec la population indonésienne.

La promenade est à mille lieues du paysage vietnamien « classique »

Alors que j’étais assis sur un banc, situé sur un carré d’herbe à proximité de la plage, une femme d’une quarantaine d’années s’est accroupie contre un arbre. Elle a baissé son pantalon, s’est mise à déféquer sur le sol. Elle a récupéré quelques feuilles jaunies qui traînaient au sol, s’est essuyée et a disparu sur la pointe des pieds. Mon premier réflexe a été d’éclater de rire avant de me raviser avec honte. Qu’est ce qui a bien pu pousser cette femme dans une ville aussi luxueuse que Nha Trang à venir chier sur la “promenade” ? C’est là que la réalité a vite rattrapé mes pensées. Malgré un développement de plus en plus important et une meilleure hygiène, une partie de la population vietnamienne n’a toujours pas accès à des véritables toilettes.

Un rapport très détaillé de l’UNICEF a étudié la question. Avec l’explosion du tourisme, le Vietnam s’est développé à une vitesse exceptionnelle, devenant la 3e nation d’Asie à connaître un changement fulgurant, après la Chine et l’Indonésie. Cependant, comme le souligne ce même rapport, cette évolution n’a pas été bénéfique de manière égale aux 92 millions de personnes qui habitent le pays. Des progrès ont été réalisés, mais tout le monde n’a pas encore accès à une hygiène de base. Et c’est au détour des étroites allées, des petits quartiers que cette pauvreté se ressent encore plus. Parfois même en face des hôtels de luxe et des restaurants chics. Il est bon de se le rappeler de temps en temps, en tant que voyageur, nous sommes et resterons des privilégiés.

Mon voyage au Vietnam est bien différent de celui que j’ai entrepris à Taïwan. Je bouge beaucoup plus, je rencontre moins de gens également et je me sens un peu noyé parmi la masse de touristes. De temps en temps je parviens encore à être seul et à éviter les vagues de « babos » et de défoncés rigolards, mais ils sont très souvent présents à chaque coin de rue. C’est bien là mon premier regret du Vietnam, non pas les locaux en eux-mêmes qui sont très gentils, mais plutôt les touristes et voyageurs qui n’y voient qu’une opportunité pour profiter de bières pas chères et de drogues faciles. Qu’importe, mon voyage, quant à lui, continue. Cette fois, je me dirige vers Da Nang, où j’ai prévu de retrouver un pote de Belgique. De nouvelles aventures m’attendent d’ores et déjà !

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