Vietnam

Chapitre 7 : A l’autre bout du fil

C’est avec une accolade digne de ce nom que j’accueille Matt, mon pote de Belgique. Je suis venu le chercher à l’aéroport après avoir loué un scooter en ville. Pour l’occasion, on avait décidé de fêter nos retrouvailles dans un Airbnb à Da Nang. A peine arrivé, nous faisons connaissance avec la famille censée nous accueillir. Seul hic, le fils, qui est le seul qui parle anglais et qui s’occupe des réservations, est absent pour le moment. Nous discutons avec lui en ligne, mais sur place, il n’y a que sa mère et son père. Ils affichent un grand sourire, nous questionnent longuement en vietnamien, mais nous sommes bien incapables de leur répondre quoi que soit. On leur présente également un sourire de façade lorsque l’on comprend que la chambre n’est pas encore prête. Un frigo va être ajouté et il nous faut patienter. On tente bien de se lever à plusieurs reprises, mais la “mère” nous fait rasseoir d’un coup en exerçant une pression avec ses mains sur nos épaules de fragiles. C’est elle qui fait la loi, on l’a tout de suite compris. Je rigole et explique à Matt mon arrivée abracadabrante dans le logement hier soir.

-Je me ramène en fin d’après-midi et la chambre n’était pas encore tout à fait prête, racontais-je, ils m’ont ensuite fait asseoir à une table. Il y avait 7-8 personnes présentes, fumant des clopes et buvant du whisky.
-Ils t’ont arrosé ou bien ? me réplique Matt
-Bha ils ont été bien généreux en m’offrant un verre et plein de pâtisseries dégueulasses qui n’allaient pas du tout avec le whisky mais bon, j’ai voulu être poli alors j’ai quand même mangé

On éclate de rire car mon visage s’est arrondi depuis que je suis en Asie. La faute à qui ? Au surplus de bouffe, au manque d’activité sportive (je marche toujours beaucoup pourtant), mais surtout au prix très avantageux de la nourriture. Dans les petits bouis-bouis, il n’est pas rare de sortir avec 1 voire 2 euros pour un excellent plat. Voilà, je complexe avec ma face bouffie, mais mon corps arrive toujours à maintenir le même niveau de lâcheté. Presque sauvé !

Notre arrivée dans l’Airbnb nous permet de nous raconter nos expériences respectives. Matt voyageait depuis quelques mois. Une expérience qu’il a trouvé dingue, différente de tout ce qu’il avait fait auparavant et surtout riches en rencontres. “En particulier avec des gens avec qui tu ne parlerais pas en tant normal”, me soutient-il. Il a l’air différent de d’habitude. Par rapport à ce que je connais de lui en Belgique, il m’a l’air plus apaisé, plus confiant, plus relax également. Il redoute de rentrer et me questionne à mon tour.

-T’es heureux ici ? T’aimes ce que tu fais ?

J’en arrive presque à me demander s’il cherche mon approbation ou un encouragement pour continuer à voyager de la sorte. C’est très étrange car je me sens totalement dans mon élément. Je suis à plus de six mois de voyage et étonnement, la Belgique et mes proches ne me manquent pas. C’est un sentiment assez bizarre. Un mélange de certitude, savoir qu’ils seront toujours là quand je rentre, et de pragmatisme ; c’est l’aventure d’une vie, je veux la vivre à fond sans regretter.

Manège de fortune installé dans la rue à Da Nang

 

Le soir venu, je décide de montrer à Matt ce que m’a appris le Vietnam : se laisser surprendre par les événements. Il souhaite aller en ville faire la fête avec d’autres backpackers, mais je refuse et lui propose de tout simplement se promener dans le quartier non loin de notre Airbnb. Ce dernier est isolé du centre et n’est pas facilement accessible à pied, raison pour laquelle j’ai loué un scooter pour que l’on puisse se mouvoir aisément. Je n’attendais qu’une seule chose, qu’on se fasse alpaguer dans la rue pour montrer à Matt comment se passe une soirée avec les locaux. Bingo, une voix nous appelle au loin. Deux hommes et la tenancière du restaurant commencent à nous parler et nous invitent à les rejoindre. La table est dressée avec des plats qui nous font saliver. On commande également de la bouffe et on partage le tout avec eux. Du poisson grillé, des crevettes assaisonnées, du porc piquant, des morceaux de poulet enrobés dans des feuilles de riz. Et bien entendu, des sceaux de glace et de la “Tiger beer”. Un peu plus tard dans la soirée, l’alcool aidant, on nous tend un micro. C’est une véritable soirée karaoké qui s’improvise. Je ne m’attendais pas à cela, mais le karaoké en Asie, c’est véritablement sacré, où que l’on se trouve.  La musique revêt une place très importante, je l’avais déjà compris lors de mon voyage à Taïwan. Nous décidons de chanter/hurler à tue-tête. De “Zombie” des Cranberries en passant par “Faded” d’Alan Walker (leur demande pas la mienne) à “Ma direction” de Maitre Gims (la demande de mon pote, pas la mienne). On leur a vendu la playlist la plus lourdingue possible. Cependant, la soirée est une réussite. La tenancière en profite pour nous filmer et même pour réaliser un live Facebook. Elle nous supplie de revenir le lendemain pour une nouvelle soirée.

Une soirée qui ne s’annonce pas si tranquille que ça

 

Sans se faire prier, nous sommes de retour le jour d’après. Il y a peu plus de monde que la fois passée. On commence à manger et à décapsuler nos premières bières. A peine quelques minutes plus tard, nous entendons des gens s’exclamer. Une table composée de quatre personnes nous pointe du doigt. La propriétaire du restaurant vient nous trouver et nous dit : “Ils vous ont vu chanter sur le live Facebook, ils aimeraient que vous les rejoigniez et chantez avec eux”. Matt et moi on éclate de rire et on se dirige immédiatement vers eux en leur disant qu’ »on est chauds« . Nous ramenons notre table et nos tabourets. Leur anglais est un peu meilleur qu’à l’accoutumée et spontanément, ils nous demandent d’où on vient.

Ce soir-là, on s’est vraiment cassé la voix…

 

-Belgique, nous répondons en chœur
-Oh ! Belgique ! Lukaku !!, hurlent-ils heureux

Nous rigolons et la conversation détourne rapidement sur le foot. Il faut dire que la coupe du monde 2018 approche à grand pas. Et beaucoup de Vietnamiens s’avèrent être des mordus de football. Lorsqu’ils ne connaissent pas le nom de notre pays, ils connaissent généralement nos joueurs (Les plus cités sont souvent Romelu Lukaku, Eden Hazard, et quelques fois Thibault Courtois). L’un des hommes présents avec nous a d’ailleurs une peau plus foncée. C’est l’occasion idéale pour ses potes de le surnommer Lukaku. On rigole, mais je me pose tout de même des questions sur l’innocence de cette remarque. Avoir la peau foncée en Asie n’est pas souvent bon signe. Entre racisme et regards décomplexés, il est parfois compliqué de savoir ce que pense la population des gens de couleurs. Cette problématique reviendra assez souvent lors de mes voyages en Asie, être black ce n’est pas toujours le plus facile (pas qu’en Asie d’ailleurs). De toute façon, comme je le dit souvent : “honneur et force” à tous les voyageurs quels qu’ils soient.

La soirée se poursuit à l’autre bout du fil. Le micro nous est tendu et les chansons passent de la pop vietnamienne à des musiques d’indie rock (là c’était mon choix). C’est l’éclate, on lance des “một hai ba, yo” à tout va. Soyons franc, on est bourrés comme la lune.

-Vous voulez planer ? propose l’un des Vietnamiens

Matt et moi on se regarde et d’un commun accord on répond “oui”. L’homme sort de sa poche un pacson qui s’apparente à de la weed. Il arrache ensuite un bout de la nappe en papier qui recouvrait la table et commence à rouler un monstre qui s’apparente à un joint. Il l’allume et en tire quelques bouffées avant de nous le proposer. Matt et moi, on est circonspects, mais au final, on est déjà tellement bourrés qu’on prend le risque. Hé bien, je ne sais toujours pas ce que c’était, mais j’étais explosé comme la lune. On a continué à chanter et à boire, jusqu’à ce qu’on commence à être paranos et qu’on décide de rentrer. Matt était crevé et a décidé de rentrer à l’Airbnb. De mon côté, je me suis baladé dans les rues jusqu’à ce que je tombe sur un autre groupe de personnes qui mangeait dehors.

L’un d’eux joint son pouce et son index, un signe qui signifie « cœur », très souvent utilisé en Asie

 

Je me suis rapproché d’eux et ai hurlé “một hai ba, yooooooooo” et là c’était parti ! Fous rires, invitations à manger, une nouvelle bière, discussion via Google Traduction. J’ai de nouveau passé une excellente soirée avec des gens qui ont le coeur sur la main, qui m’ont donné énormément alors qu’ils n’étaient pas obligés. Un moment simple, une soirée qui aurait pu paraître anodine si elle s’était déroulée en Belgique, mais ici au Vietnam, elle valait bien son pesant de cacahuètes croyez-moi. Cette facilité de nouer des liens avec les locaux, ce sentiment d’acceptation m’a rappelé des soirées passées entre potes. J’avais le sentiment d’être à la maison. Et putain, ça m’a fait un bien fou.

Bonus : Le karaoké

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