Indonésie

Chapitre 7 : Comme à la maison

Les rayons du soleil apparaissent timidement à travers les stores défraîchis de mon hôtel. Il est temps de me lever et de débuter une nouvelle journée sous cette chaleur qui devient de plus en plus étouffante. Quoi de mieux que se diriger vers les sources d’eau chaude ? C’était sans compter la flegme de mes nouveaux amis qui ne cessent de reporter le rendez-vous jusqu’au milieu de l’après-midi. J’en profite pour me reposer un peu, envoyer quelques mails et écrire quelques lignes sur le blog. Lorsqu’il est enfin temps pour moi de les rejoindre, je ne peux que constater avec stupeur le nombre de gens qui fument des cigarettes ici. J’avais fait le même constat au Vietnam, mais sans véritablement y accorder de l’importance. La clope est très présente dans la vie des Indonésiens. Est-ce par ennui ? De nombreuses publicités sont affichées dans les rues, même des petites villes, avec des slogans à faire pâlir les associations de défense contre le tabac. « Don’t be a quiter« , « Never quit« , en gros n’abandonne pas la cigarette et « sois cool ».

La clope c’est sacré et la publicité ne cesse de le rappeler

La clope comme remède à l’ennui ? C’est en tout cas l’une des hypothèses qui me vient en tête. Une fois arrivé à notre point de rendez-vous, je constate qu’à peine la moitié du groupe est présente. Wayan n’est pas encore arrivé. L’un de ses potes me mime quelqu’un qui dort et se met à rigoler. Je l’ignore encore, mais je suis bien parti pour attendre quelques heures.

A quoi ça sert de travailler ? On ne gagnera jamais assez, pour entreprendre, voyager ou juste vivre bien

Autour de nous, des enfants s’amusent et lancent des pétards sur les passants et dans les commerces avoisinants, ce qui entraîne le courroux de ces derniers. “Ce sont des bons à rien”, m’explique un homme qui parle un anglais un peu plus avancé. “On ne peut pas véritablement les blâmer car ils s’ennuient et ne vont pas à l’école, mais s’ils continuent comme ça, ils ne feront rien de leur vie.” se met-il à hurler en tentant de les chasser d’un geste de la main. A l’écoute de ses mots, je ne peux m’empêcher de regarder mes nouveaux amis qui arrivent au compte gouttes et dont seulement l’un d’eux a trouvé du travail comme vendeur dans un magasin de lunettes. En 2018, le salaire minimum au Sulawesi central n’est pas très élevé, seulement 1.965.232 roupies indonésiennes, soit 126 euros. “Overall, Indonesia’s minimum wages are still attractive. However, a key problem in Indonesia is that workers’ productivity is generally low.

L’humeur générale est au découragement et à la perte de volonté. “A quoi ça sert de travailler ?”,me lance l’un de mes potes. “On ne gagnera jamais assez pour entreprendre, voyager ou juste vivre bien.” Je me sens impuissant face à eux, je ne sais quoi répondre à leurs plaintes qui font un peu écho à celles de la jeunesse européenne, mais incomparables malgré tout. J’essaye de leur remonter le moral, mais l’ambiance reste la même. La morosité prend le pas sur cette après-midi ensoleillée. Après un long moment de silence, je décide de les relancer sur les sources d’eaux chaudes et j’obtiens des  réponses positives. Nous prenons finalement la route et débutons nos deux heures de conduite. Que ce fût long, pénible (toujours ces emmerdants trous le long de la route, cette poussière et ces nids de poules incessants), mais le voyage en valait la chandelle. Je suis décidément le seul touriste présent dans cet endroit. Assez grand, on s’y perd facilement surtout lorsqu’on arrive à la tombée de la nuit. Les locaux me fixent avec étonnement, mais n’osent pas s’approcher de mes potes et moi. “Tu sais nager ?”, me lance l’un d’eux, “Wow, montre un peu !”. Je m’exécute et finis par défier l’un de mes potes qui a appris récemment. Son endurance est meilleure que la mienne, mais je finis par gagner la course à un cheveu près. Décidément, ma condition physique n’est plus aussi bonne qu’avant. A force de bouffer des “mie goreng” à répétition, je finis par payer le prix de cette bouffe peu chère et quelque peu grasse. Au fur et à mesure que le temps passe, les locaux essayent de se rapprocher et finissent par laisser échapper quelques mots d’anglais : des « hello », des « selfie please« , voire une question  « Are you american ? ». Je fais un peu tâche parmi eux, mais il s’agit surtout de curiosité. Pour être honnête, l’Indonésie est vraiment accueillante et je ressens sa bonté et sa gentillesse. Ils me font sentir « à la maison ».

Deux de mes potes bien contents d’être enfin arrivés à destination

Un homme me demande même si j’aime bien chanter. “J’ai envie d’entendre ta voix, j’ai un micro avec moi”, me certifie-t-il en me montrant l’objet recouvert de paillettes avec un haut-parleur bluetooth incorporé. Après être supplié plusieurs fois, je décide de pousser la chansonnette en reprenant mon classique du Vietnam, “Zombie” des Cranberries. Autant dire que j’ai encore gueulé à réveiller les morts, mais ça aura fait rire tout le monde autour de moi et m’aura même valu des applaudissements. Probablement pour me faire taire une bonne fois pour toute. Les Asiatiques adorent le karaoké, à n’importe quel heure du jour et de la nuit, dans n’importe quel endroit et surtout à n’importe quel taux d’alcoolémie (poke Vietnam). Sauf qu’ici en Indonésie, la plupart des habitants sont musulmans et par conséquent ne boivent pas, mais même sobres, ils aiment chanter! Je pensais avoir tout vu dans ma vie jusqu’à cette soirée-là. Une véritable station de karaoké aménagée dans le coffre d’une voiture. Un écran avec un micro relié à deux énormes haut-parleurs qui faisaient le bonheur d’un groupe de personnes à l’entrée des sources d’eau chaudes. Ces dernières étant ouvertes toute la nuit, l’occasion de prolonger la fête jusqu’au petit matin.

En route maintenant !

Il est temps pour nous de rentrer. Un voyage qui ne se fera pas sans encombres puisque l’un d’entre nous aura un souci mécanique avec sa bécane. On rajoute une bonne heure de plus aux deux nécessaires pour conduire en après-midi et nous voilà enfin de retour au bercail. Pas de chance pour moi, mon hôtel est déjà fermé. Un épais volet métallique recouvre l’intégralité de la façade et est fermé avec un cadenas. Et oui, à Sengkang, visiblement, je ne suis pas censé rentrer après minuit… Je serai finalement sauvé par Wayan, qui m’a conduit jusque chez lui et m’a fait dormir dans sa chambre. Il a préféré me laisser son lit et dormir sur le canapé du salon. J’ai eu beau vouloir échanger ma place avec lui, mais il  a refusé. Un sacré mec avec un putain de cœur sur la main. C’est clair que je n’oublierai pas ce qu’il a fait pour moi. A priori, sur le papier, Sengkang n’avait pas grand chose à m’offrir, mais ses habitants et les aventures que j’y ai vécues auront fait de cette ville un moment clé de mon voyage.

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