Indonésie

Chapitre 9 : En quête de gloire

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Le temps file à une vitesse dingue et j’enchaîne les petits coins de paradis au Sulawesi. Je décide même de me diriger sur une autre île, le Kalimantan, la partie indonésienne de Bornéo. Cette dernière est probablement encore moins touristique que le Sulawesi et les transports entre les différentes villes est loin d’être aisé. Pas de chance pour moi, c’est également le début de la saison des pluies et il pleut fréquemment et abondamment. Je suis en pleine ville, mais je commence à être défaitiste quant à la possibilité de m’en éloigner pour faire des randonnées ou tout simplement voir un peu plus de nature. Les excursions organisées sont chères, les guides n’acceptent pas mes propositions lorsque je mentionne que je suis seul et m’y rendre par mes propres moyens me prendrait des heures et des heures.

Banjarmasin sous la flotte

Déçu et blasé par cette semaine entière à passer à Banjarmasin, je m’offre tout de même une excursion en bateau à travers les villages qui sont le long du canal. Une sacré claque lorsque l’on voit comment les gens y vivent. La rivière est utilisée pour laver les vêtements, la maison, l’eau y est prélevée pour cuisiner également. Un choc culturel qui prend aux tripes quand on aperçoit certaines maisons presque en ruines, mais remplies de gens qui vous sourient, vous font des grands signes, vous interpellent “Hello mister, welcome”. Hors de question de prendre mon appareil photo et de commencer à mitrailler ces personnes comme si c’était des bêtes de foire. Je décide juste d’observer, de profiter du moment. Je ne sais comment l’expliquer, mais les larmes remplissent mes yeux. L’humilité, la sincérité et le bonheur simple me font réaliser à quel point nous passons notre vie à nous plaindre de notre quotidien, souvent pour les mauvaises raisons. Je veux apprendre à être heureux comme je suis, sans désirer de trop, en arrêtant de me comparer aux autres et en vivant pour moi-même. Ces gens ont peut être moins que moi, mais semblent plus heureux. Le sont-ils vraiment ou n’est ce qu’une façade ? Je ne le saurai jamais sans doute. Et c’est peut-être préférable de cette manière.

Un impressionnant et insolite village

Cette excursion terminée, je décide d’observer un peu plus mon environnement. Banjarmasin est loin d’être une ville pauvre. Derrière les maisons traditionnelles se cache un véritable centre commercial à faire pâlir certains centres européens. A la pointe de la modernité, ce dernier est clinquant et contrebalance le côté modeste du reste de la ville. Il faut dire que la ville est en passe de devenir un véritable “hub”. “Poverty reduction is an overarching component of the City Vision. Firstly, the city’s strategic focus to position itself as the economic gateway to Kalimantan is aimed at creating local employment and attracting businesses, which would benefit the poor and create employment opportunities. Policies that specifically target the poor include upgrading slum areas and relocation of select families to public housing, improving infrastructure in poor areas and providing credit to small businesses. These initiatives are closely coordinated with the goals of the other City Vision components”. Une véritable politique est mise en oeuvre pour faire de Banjarmasin un pôle économique viable et qu’il soit le fer de lance de la région.

J’aurais d’ailleurs l’occasion de visiter ce gigantesque centre commercial au cours d’un date Tinder. Peu avant de nous y rendre, Tettra m’avait donné rendez-vous devant un petit restaurant de rue. Les yeux écarquillés des locaux étaient impressionnants. Un “bule” avec une Indonésienne, help, comment réagir ?! Nous commandons nos plats et entamons une discussion. Rien d’exceptionnel, plusieurs banalités et ressentis sur l’Indonésie en général. Je constate également que ce rendez-vous ne mènera nulle part. Tettra est plus obnubilée par le fait que je sois un étranger que par une éventuelle baise. Peu importe, je suis curieux d’en savoir plus elle. Mon plat arrive rapidement, mais pas le sien. Après dix minutes, elle jette un oeil vers le serveur qui fait une tête d’enterrement.

-Il a oublié mon plat, rigole-t-elle

-Comment ça ?, m’exclamais-je, nous ne sommes que deux dans ce resto

-Je pense qu’ils étaient si impressionnés de voir un étranger ici qu’ils ne se sont concentrés que sur ton plat

-Incroyable!

-Ou c’est peut-être parce que tu viens manger avec une jeune fille de 16 ans

-… Pardon ?, répondis-je alors que mon sang se glaça d’un coup

-Je plaisante !, s’esclaffa-t-elle, j’ai 22 ans, mais je fais jeune

-Tu es sûre ? lui demandais-je en tentant de me rassurer

-Mais oui, regarde ! rétorqua-t-elle en me montrant sa carte d’identité/permis de résidence

J’aimerais tellement aller aux Etats-Unis. Tout à l’air génial là-bas. C’est comme ici, mais en plus beau et en plus grand. Je ne pense pas qu’il puisse exister mieux sur terre

Ouf, je suis rassuré. Cette montée d’adrénaline a bien failli m’achever sur place. Je ne suis pas un dangereux prédateur, juste un mec en manque, mais qui sait profiter d’une soirée sans avoir envie d’agresser sexuellement une personne de genre féminin. Nous poursuivons ensuite notre conversation sur les rêves et espoirs de Tettra.

-J’aimerais tellement aller aux Etats-Unis, me lança-t-elle, tout à l’air génial là-bas. C’est comme ici, mais en plus beau et en plus grand

-Ça te fait rêver ? lui demandais-je

-Je ne pense pas qu’il puisse exister mieux sur terre, me rétorqua-telle

L’ »American dream » a vraiment fait son chemin pour devenir un idéal pour Tettra. Elle aimerait s’y rendre pour voir les “grands buildings et les stars de cinéma”. Une sorte de fantasme qui la guide jour après jour, avec comme espoir de pouvoir atteindre cet objectif. “Tout coûte cher là-bas, il parait”, me répète-t-elle en vantant les bons prix indonésiens. “Ils ont peut-être des stars, mais nous on a de bonnes choses à manger”, plaisante-t-elle en s’imaginant les nombreuses chaînes de fast-food accolées les unes aux autres. Les yeux de Tettra brillent et s’illuminent lorsqu’elle parle des USA. Je me décide de garder bien au fond de moi ce que je pense des “States” et lui souhaite de s’y rendre rapidement. Notre soirée touche alors à sa fin. Nous nous quittons comme beaucoup de dates en Asie sur un salut de la main. Une rencontre intéressante, mais qui ne m’offrira guère de perspectives en termes de conquête féminine.

De bonnes choses à manger qu’elle disait…

Je vous jure, elle a dit de bonnes choses à manger

Ma fin de voyage en Indonésie sera véritablement rythmée par la coupe du monde 2018. Tout le monde la suit et les gens comprennent facilement d’où je viens lorsque je leur dis “Eden Hazard” ou “Lukaku”. “Oh Belgia ! Good good”, me répondent-ils la plupart du temps. Je m’étonne d’ailleurs qu’à Banjarmasin, considérée comme la capitale du Sud Kalimantan, je trouve un bar plutôt moderne avec une terrasse extérieure où sont projetés les matchs.

Comme au bon vieux temps…

En comparaison avec l’île du Bunaken au nord du Sulawesi., c’est le jour et la nuit. Malheureusement pour moi, avec le décalage horaire, la Belgique joue fréquemment vers 2h du matin. Le bar, quant à lui, reste ouvert 24h sur 24 ! Une chance de dingue ! Je décide de m’abreuver en conséquence pour assister au fantastique Japon-Belgique qui m’a provoqué plusieurs crises cardiaques ainsi qu’à mes amis restés au pays. Cette soirée-là, je me suis enfilé des Bintang toutes les vingt minutes, une célèbre marque de bière indonésienne. Je m’étais déjà rendu bien avant le match pour y manger et pour, bien entendu, picoler. Après ma cinquième binouse, aux environs de la mi-temps, une représentante portant les couleurs de la marque de bière en question me rejoint.

-Vous aimez vraiment beaucoup la Bintang, me dit-elle

-C’est une bonne bière ! Lui lançais-je à moitié bourré

-Pour vous remercier pour votre fidélité, nous vous offrons une nouvelle bière et une casquette Bintang aussi

J’éclate de rire et m’empare de mon dû. Avec une casquette pareille, je vais choper de la donzelle ! Étonnement, la représentante s’assied à côté de moi et commence à me demander comment cela se fait que je sois ici. “C’est très rare de voir des touristes par ici”, me répète-t-elle plusieurs fois d’affilée dans un anglais approximatif. “Tu as Facebook ? Je peux t’ajouter ? Tu veux faire quelque chose demain ?”. J’ai bien envie de lui répondre “oui”, mais au petit matin je quitte l’Indonésie et je sens déjà que je vais payer ma gueule de bois à l’aéroport. Je finis par m’enfuir du bar alors que je vois les rayons du soleil se lever. Il me reste à peine deux heures de sommeil avant de prendre un Grab qui m’emmènera vers d’autres horizons.

Une représentante pas si angélique que ça…

L’Indonésie aura été marquante de bout en bout. Tant par ses paysages magnifiques que par la gentillesse de sa population. Des coins très modernes et étouffants et d’autres plus intimistes reculés de tout. Un mode de vie et une façon de procéder un peu à l’emporte pièce, mais qui au final fait son charme. De gros enjeux attendent le pays pour 2020 : les problématiques climatiques avec des déforestations massives à cause du business de l’huile de palme, enfin mettre un terme à la corruption qui gangrène certaines parties du pays et surtout éviter un retour du conservatisme (peine de mort, interdiction de critiquer le président, rendre illégale les relations sexuelles avant le mariage, restreindre le droit à l’avortement,…) qui menacerait le pluralisme. Ces propositions (soumises en octobre 2019) font l’objet de vives critiques et de protestations alors qu’elles risquent de faire partie de la nouvelle version du code criminel.

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