Cook Island

Chapitre 1 : Le prix du bonheur

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Je viens d’atterrir à Rarotonga, la plus grande île des îles Cook. Ce petit bijou de 31 kilomètres de circonférence, bordé par des eaux cristallines, est également le plus peuplé de l’archipel. Une route asphaltée principale fait le tour de l’île, le reste est beaucoup plus rudimentaire.

Bienvenue à Rarotonga

La circulation est peu problématique et se compose d’un mix de voitures et de scooters. Néanmoins, des bus circulent assez régulièrement tout autour, dans le sens horlogique et anti-horlogique.. Cependant, il est énervant de devoir prendre le mauvais bus lorsque l’un d’eux ne circule plus car cela vous oblige à faire tout le tour de l’île avant de rejoindre votre point de départ. J’ai bien essayé le premier jour de faire le tour à pied, mais je suis péniblement arrivé à un peu moins de la moitié. Pour me redonner des forces, je me suis rendu dans un restaurant. Cadre sympa, petite musique des îles, température de 25 degrés, ouais c’est les vacances ! Je ne suis plus en van pendant une semaine, je vais enfin pouvoir me faire plaisir. Du moins, je le pensais… Je décide de commander un fish & chips et une bière locale. 35$ (un peu moins de 20 euros) dans ma gueule ! Je déchante complètement en voyant l’addition. Et j’aurais du m’en douter.

Des pièces uniques et excentriques ? C’est sur les îles Cook

Les îles Cook sont tellement isolées et loin de tout qu’il faut exporter de nombreux produits. La plupart des rayons dans les magasins sont approvisionnés depuis la Nouvelle-Zélande. Les produits ne me sont pas étrangers, mais coûtent sensiblement plus cher ! Un paquet de pâtes (produit blanc) qui revenait à 0,75 dollars néo-zélandais, coûtera ici 2,75$. Imaginez un peu le reste des prix… Seules les nouilles restent encore à un prix abordable et constituent, de nouveau, la base de mon alimentation. Bien qu’ils acceptent les dollars néo-zélandais, leur monnaie est différente. Nous payons toujours en dollars, mais les pièces sont particulières et déroutantes. Bien entendu, cette monnaie n’est pas utilisable en Nouvelle-Zélande. Moi qui espérais des vacances et un peu de relâchement après presque 11 mois de voyage, je déchante. J’ai décidé également de demander une extension de visa, étant donné que j’ai bossé trois mois dans le domaine horticole, me permettant de récupérer ces derniers et de rester 15 mois au lieu de 12. “Raison de plus pour m’accorder un peu de vacances!”, pensais-je. Par contre, je vais devoir bel et bien vivre comme un backpacker ici aussi.

Une beauté à tomber par terre

J’ai voulu louer un scooter, sauf que sur Cook Island, ils sont un peu plus regardants qu’en Indonésie. Impossible de louer un scooter sans permis motocyclette/moto. Résultat, il faut se rendre à l’administration, passez un test théorique (très simpliste selon des potes), payer et enfin obtenir le fameux permis des insulaires. Pour une semaine, au vu du prix de la location, je me suis abstenu et ai décidé de prendre le bus et de marcher. Heureusement, mon hostel est très international et fréquenté. J’y rencontrerai pas mal de gens et serai pris “à cul” sur leurs scooters de nombreuses fois. Les nuits sont alcoolisés, mais pas de trop car une bière coûte la peau des fesses ! Encore plus cher qu’en Nouvelle-Zélande ! 12 NZD la pinte locale, fuyez ! Lors d’une soirée arrosée au début de mon séjour, je fais connaissance avec les voyageurs de l’hostel. Soudainement, l’un d’eux me demande :

-Je suppose que t’es venu pour Aitutaki!
-Pour quoi ?
-Bha Aitutaki, l’un des plus beaux lagons du monde
-Ha bon ? M’étonnais-je, non pas du tout, je ne me suis pas trop renseigné sur Cook Island. C’est où ?
-C’est sur une autre île, c’est à 50 min de vol d’ici. Ils organisent des excursions tout compris pour une journée. Honnêtement, c’est magique, ça serait dommage de le rater, tout le monde vient pour ça !
-C’est cher ?
-Ha c’est pas donné, mais ça vaut le coup ! C’est quasiment 500$…
-Wouah, mais tu rêves ! Jamais, je ne claquerai autant d’argent là-dedans
-Tu as une croisière, un barbecue, du snorkeling, le vol aller-retour, un tour de l’île en jeep, franchement tu n’es pas volé…
-Mouais, je ne pense pas, mais merci quand même, plaisantais-je en terminant la flasque de whisky que j’avais acheté au duty free de l’aéroport.

Oui, pas de souci ! Je vous y emmène. Vous venez d’où ? Vous êtes en vacances ici ? Vous aimez Cook Island ?

Le lendemain, le réveil fut rude. J’étais complètement déshydraté et en gueule de bois. J’ouvre à mes peines mes yeux et, par réflexe, consulte mon téléphone. Un e-mail de confirmation m’avait été envoyé pour une croisière prévue mon dernier jour. Je ne m’en souvenais pas, mais j’avais réservé la fameuse excursion à 493 dollars. “Oh le bordel!”, m’écriais-je en me frappant le visage, “Mais quel con!”. Impossible de l’annuler… J’irai donc, bien malgré moi, visiter l’un des plus beaux lagons du monde en fin de séjour… Je raconte ma mésaventure à mes compagnons de chambre qui s’esclaffent, mais me confirment que je ne vais pas le regretter. J’essaye de relativiser et continue de faire des connaissances. Je tombe sur un couple belgo-français et une française qui m’ont l’air sympathique. Nous décidons de nous rendre au marché de nuit pour y déguster quelques plats locaux.

Un marché de nuit pour s’en mettre plein la panse…enfin si on a de l’argent !

Le feeling est plutôt bon, l’occasion de prévoir un trek le lendemain. Nous nous rendons à “The needle” qui est l’une des principales randonnées et qui traverse l’île de part en part. L’entrée n’est pas accessible facilement, nous décidons alors de faire du stop. Qu’est ce que c’est simple sur Cook Island! Les voitures s’arrêtent facilement et la bonne humeur des locaux est toujours au rendez-vous.

-Montez les jeunes ! Je vous dépose où ? Nous lance un homme aux cheveux vieillissants
-Pouvez-vous nous conduire à l’entrée du trek pour “The Needle” ? Demandais-je
-Oui, pas de souci ! Je vous y emmène. Vous venez d’où ? Vous êtes en vacances ici ? Vous aimez Cook Island ?

L’homme est sympathique, naturel, s’esclaffe à chacune de nos réponses. Puis, sans crier gare, il nous demande ce que l’on fait ce soir.

-Oh, on n’en sait encore trop rien, répond l’une des deux filles
-Hé bien, je vous invite à l’anniversaire de mon fils. Il aura lieu dans un des bars de la ville, l’entrée est libre ! N’hésitez pas à passer, je vous donne les coordonnées.

Le paysage fantastique lors du trek vers « The Needle »

Quelle gentillesse ! Ce mec était une véritable crème. Après notre trek surplombant l’intégralité de Rarotonga, nous avons pris la décision de nous rendre à l’anniversaire en soirée. Une ambiance de folie, des locaux très sympathiques et des danses endiablées. On peut dire qu’ils ont un sacré déhanché et quel rythme ! Les danses, parfois suggestives, ne sont en aucun cas des manières “lourdingues” de drague, mais juste l’expression d’un bonheur. Jeunes, vieux, tous se mélangent, dansant collés serrés, presque twerkant, faisant preuve d’une agilité stupéfiante et usant d’un jeu de jambes impressionnant. Et le plus drôle, c’est que les invités ne nous calculent pas et aucune interrogation sur notre présence dans ce bar. Nous aurons même droit à une part de gâteau ! L’accueil des îles est décidément chaleureux !

Et un bon anniversaire sur les îles !

Une impression qui me sera confirmée après avoir été faire un petit tour sur Tinder. Oui, on ne change pas les bonnes vieilles habitudes. Mon côté blanc bec marche à merveille et je me fais rapidement inviter en fin de soirée chez une donzelle. Je l’attends sur la route principale sous l’un des quelques réverbères qui éclairent la route. Je rentre dans sa grosse voiture et commence à entamer la conversation. Elle est d’abord sur la défensive, mais très rapidement son sourire occupe l’espace et ses blaguent fusent tout au long du trajet. Son parfum m’enivre et ses yeux me passionnent. Tout se passe plutôt bien alors que nous nous enfonçons dans les terres dans la nuit noire sans lune.

-Je te ramènerai après, ça te va ? Je n’aime pas trop dormir avec des étrangers
-Aucun souci, lui répondis-je, je préfère aussi
-”Sweet as”

Nous arrivons chez elle, je sors de la voiture et elle me regarde en souriant.

-Mais en fait t’es tout fin ! Me lance-t-elle
-C’est la première fois que je te surprend, prépare-toi à ce que ça devienne une habitude

Elle sourit de nouveau et me lance un “bien répondu”. Après, je ne lui donne pas tort, je suis bien plus mince qu’elle. Les filles des îles ont tendance à être bien en chair. Pas forcément qu’une question de malbouffe ou autres maladies chroniques, mais surtout de sédentarité. Une théorie pointe également un facteur historique. “L’obésité qui touche le Pacifique aurait-elle alors un rapport avec les gènes ? Telle fut l’hypothèse formulée en 1962 par James Neel, un généticien américain. Les ancêtres des habitants de ces îles ont souffert de longues périodes de pénurie. Pour y survivre, il fallait être capable de faire des « réserves », c’est-à-dire des stocks de graisse. Donc ceux dont les gènes étaient capables de constituer le maximum de stocks ont été sélectionnés.

Nous entrons enfin à l’intérieur de sa maison, plutôt spacieuse, et elle m’invite à me rendre dans sa chambre. La télévision y est allumée et diffuse un vieux film dans lequel Jennifer Lopez est la star. Pour vous dire à quel point c’est vieux !

-J’adore ce film, me confie-t-elle, c’est mon film préféré ! Cela te dérange si on le regarde ?
-Non aucun souci, lui répondis-je, de toute façon, je suppose qu’on ne va pas le regarder jusqu’au bout haha
-Oh, tu ne me connais pas, “j’adooooooooore” ce film

Et merde”, soupirais-je intérieurement. Effectivement, nous avons terminé ce film (bien merdique) dans lequel Jennifer Lopez joue la vie d’une chanteuse d’origine mexicaine qui se fait assassiner. Et bien, moi aussi, durant cette soirée, j’ai cru mourir plusieurs fois. Pas uniquement d’ennui, mais bien dû au fait qu’au cours de la nuit, après avoir niqué quelques fois, elle tenait mon bras si fermement que je n’avais plus de circulation sanguine. Il y avait également un odeur rance qui émanait de ses cheveux, comme si elle avait transpiré et ne se les était pas lavés depuis plusieurs jours. Horrible. Je ne m’échapperai de cet endroit que le lendemain matin, en vie, fort heureusement. J’aurais décidément exploré toutes les facettes des îles Cook.

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