Egypte

Chapitre 1 : Un nouveau départ

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L’avion est sur le point d’atterrir. La vue depuis le hublot me donne le tournis, je suis enfin de retour. Cela fait presque dix ans que je n’ai plus mis les pieds en Egypte, l’un de mes pays coups de cœur. A l’époque, je n’avais exploré que le centre et une partie du sud. Cette fois-ci, je veux absolument voir les pyramides, mais également découvrir le pays autrement que par son histoire exceptionnelle. C’est déjà le troisième départ, après Taïwan et Hong-Kong et je suis presque amusé de prendre un avion pour à peine 5h. D’ordinaire, on est plutôt de l’ordre d’une dizaine avec escale en chemin. « Déjà !?« , pensais-je alors que le capitaine amorçait notre atterrissage. Mon premier point de chute est Hurghada, principalement car cette destination coûte beaucoup moins chère que le Caïre et que ce dernier est facilement accessible en bus par la suite.

De retour en Egypte : le pied !

Premier constat, nous ne sommes pas beaucoup dans l’avion. Il faut dire qu’il fait encore frais pour les vacanciers (18 à 22 degrés)  et que les touristes continuent de bouder quelque peu l’Egypte suite aux différentes menaces d’attentat et d’instabilité politique qui secouent le pays depuis le printemps arabe en 2010 et le renversement d’Hosni Moubarak. Deuxièmement, je suis le seul à partir en mode sac à dos alors que les touristes sont avec leurs grosses valises et font la queue près des bus les transportant à leur hôtel en face de la mer. A peine suis-je sorti de l’aéroport que directement les premiers chauffeurs de taxi se jettent sur moi. Seul, en sac à dos, la proie rêvée. Je négocie ferme face aux prix astronomiques qui me sont demandés et finit par m’entendre avec l’un d’eux qui me conduit vers mon hostel. Cependant, l’adresse de mon point de chute n’est pas clairement indiquée. Elle mentionne la rue principale, mais il faut s’enfoncer dans un quartier délabré. La route n’est pas bétonnée et se compose de gravats, trous et déchets. Mon chauffeur de taxi daigne à s’y engouffrer et me répète à plusieurs reprises qu’il n’y a “pas d’hôtels par ici.” Je me doute que ce que j’ai réservé n’est pas le genre de logements où il conduit ses clients.

Oui, mais après les prix augmentent vite tu sais. Il y a plein de boutiques dans la rue principale qui vont essayer de te vendre des excursions, mais moi je te fais un prix d’ami

Finalement après un énième coup de fil au responsable de l’hostel, ce dernier finira par venir me chercher. Son établissement n’est pas véritablement indiqué et aucun panneau n’annonce sa présence. « Est-il vraiment légal ? » me questionnais-je amusé. L’hostel est en fin de compte un appartement situé au troisième étage d’un immeuble. Sohan, le patron, a ouvert son “établissement” il y a un an ou deux. Son discours n’est pas très clair, je dois bien le reconnaître. Son anglais est passable, mais reste confus par moment. L’appartement est spacieux, il y a deux chambres dont une avec balcon, la mienne, une salle de bain, une grande cuisine. Je suis étonné, mais surtout agréablement surpris. Je paye 7 euros la nuit pour un logement complet vu qu’il n’y a personne d’autre que moi. J’aurais été étonné d’y croiser du monde, il faut bien le reconnaître. 

Un quartier peu fréquenté par les touristes

-Dépose tes affaires et installe-toi ! Me lance Sohan avec un sourire avenant, mais quelque peu forcé

Je m’exécute et il me fait signe de venir m’asseoir à la table du salon. Il sort de sa poche intérieure un papier déjà plié en multiples morceaux. Il s’agit d’une vieille brochure dont les couleurs ont fini par blanchir et les bords sont en train de s’effriter. 

-Qu’est ce que tu veux faire ? Je peux te réserver une excursion pour aller faire du snorkeling ou un safari dans le désert. Si tu prends une troisième excursion, je te fais un prix d’ami !

-Heu, tu sais me laisser la brochure et j’y réfléchirai ? Répondis-je n’ayant aucune envie de commencer à négocier à peine arrivé

-Oui, mais après les prix augmentent vite tu sais. Il y a plein de boutiques dans la rue principale qui vont essayer de te vendre des excursions, mais moi je te fais un prix d’ami ! Insiste-t-il avec un sourire tellement forcé que j’ai l’impression que sa peau va se mettre à craqueler instantanément

-J’ai pour principe d’éviter les excursions en tour organisé, je n’en garde pas de bons souvenirs

-Pourquoi tu es venu à Hurghada alors ? Rétorque-t-il décontenancé

-Pour découvrir la culture, les gens, le…

-J’organise aussi des tours vers les pyramides au Caire si tu veux !

-J’ai prévu de m’y rendre après dans mon voyage

-Bon, ben alors laquelle de mes excursions t’intéresse ?

-Je peux y réfléchir deux secondes ? Répondis-je en rigolant, mais avec tout de même une pointe d’agacement

Sohan sourit et m’explique les tours qu’ils proposent. “Je ne m’en débarrasserai jamais”, pensais-je. 

-Okay, peut-être le tour en snorkeling ! Après-demain, okay ? Comme ça demain, je peux me reposer un peu et je te confirme le rendez-vous !

-Tu en veux un autre aussi ?

-Je pense qu’on va d’abord commencer par un, okay ?

Putain, il est au taquet!”, soufflais-je en moi-même. Je finis par lui donner un acompte raisonnable et je le mets gentiment dehors en prétextant que je veux prendre une douche. 

-Pas de souci ! Au soir, je passe te prendre et on ira manger un petit bout sur la rue principale ! Me prévient-il.

-Okay… Lançais-je pour m’en débarrasser une bonne fois pour toute

Une seule rue commerçante dans l’endroit où je me trouve

La porte se ferme, je me précipite pour la fermer à double-tour. “Ouf, enfin tranquille”, pensais-je en soupirant. J’analyse un peu mon environnement, le logement n’est pas trop mal. Il y fait quelque peu frisquet et bien entendu, il n’y a pas de chauffage. Dehors, il fait 22 degrés, ce qui n’est pas trop mal, mais le soir venu, le thermomètre descend sous les 14 degrés et ça, ça fait mal dans un logement humide ! Après avoir été faire un petit tour, je décide d’aller boire un verre dans un café situé sur la route principale. On y passe de la musique, on y vend de l’alcool et les prix sont encore raisonnables.  C’est le parfait point de chute pour le touriste qui veut se frotter à la population locale, mais pas trop. Cela dit, il n’y a quasiment personne, excepté une vieille Danoise qui a l’air d’être connue de tous ici. Elle tient à peine debout et en serait à sa “dixième bière au moins” me souffle l’un des serveurs en faisant tourner son poing devant son nez. “Okay, elle est complètement jetée”, imaginais-je en diagnostiquant son comportement atypique. Étant l’un des seuls présents dans ce café, elle s’approche de moi.

-Je peux m’asseoir ? 

-Oui, si vous voulez, répondis-je quelque peu surpris

-Je viens du Danemark, et toi ?

-Belgique !

-T’es ici avec ta famille ?

-Non, je voyage tout seul

-En sac à dos ?

-Oui

-Sois prudent, tu es jeune

-Pas de souci, je ferai attention

-Tu veux une bière ? 

-J’en ai encore une merci

-Une bière Ahmed, s’il te plait, lance-t-elle à l’un des serveurs qui acquiesce de la tête

-Vous le connaissez ?

-Oui, on est sortis ensemble quelque temps, mais maintenant qu’il m’ignore, je ne peux lui passer que des commandes. Il ne peut pas me refuser ça

-Ha okay, déclarais-je en m’imaginant l’histoire bien complexe apparaître plus tard au cours de la conversation

-Tu es célibataire ?

-Ouais

-C’est une chance, répondit-il en se levant et en mettant sa main sur ma cuisse

-Ha bon ? Rétorquais-je en regardant cette femme d’une cinquantaine d’années, habillée comme une jeunette de vingt ans, mais l’assurance, la classe et le sourire en moins

-Tu comprendras un jour, il faut prendre soin de ceux que l’on aime, poursuit-elle alors que ses yeux s’humidifient

J’ai un feeling des plus étranges. Je n’arrive pas à savoir si cette Danoise essaye de me draguer ou si elle tente simplement de vider son sac face à un étranger. Je la sens torturée, instable psychologiquement, en plein trip. Je continue à l’observer alors que ses yeux hagards tournoient, scrutant chaque coin de la pièce. 

-Où est-ce que tu dors ?

-Dans un logement pas très loin de la rue principale, pourquoi ?

-C’est sécurisé où tu es ?

-Bha oui, il me semble. Le quartier n’est pas ce qu’on pourrait considérer comme visuellement beau, mais pour l’instant ça va, je suis toujours en vie ! Plaisantais-je en finissant ma bière.

-Il faut être prudent, l’Egypte, ce n’est pas l’Australie, l’Europe ou l’Asie du sud-est

-Okay, mais…

-Je ne veux pas qu’il t’arrive quelque chose, me lança-t-elle en agrippant ma main

-Promis, je serai prudent… Ajoutais-je en inclinant ma tête. 

Je me sens particulièrement mal à l’aise. Il n’y a personne d’autre dans ce bar excepté un serveur qui a le nez plongé sur une vieille télévision qui retransmet un match. Je cherche presque un peu d’aide aux alentours de la pièce, mais je suis bien bloqué, le cul sur ma chaise avec cette femme qui me semble avoir de graves problèmes émotionnels.

-J’aurais dû lui dire d’être plus méfiante, j’aurais dû, j’aurais dû, répéta-t-elle en larmoyant

-Qui ?

Ma nièce s’est fait tuée au Maroc par des terroristes, il y a un an. Elle était partie en voyage en sac à dos avec une amie et a été égorgée 

-Ho, je suis désolé, balbutiais-je choqué

-J’ai regardé la vidéo de son exécution. J’avais besoin de savoir ce qu’il s’était passé. J’ai eu tellement de peine pour elle, tellement mal de voir sa mise à mort. Je m’en suis toujours voulue… Je lui avais dit de voyager, voir le monde

-Je suis vraiment navré, c’est horrible…

-J’aurais voulu faire quelque chose, la mettre en garde, être plus là pour elle.

Elle essuya ses larmes avec un mouchoir avant de s’allumer une cigarette. Je ne savais absolument pas où me mettre et comment réagir face au désespoir de cette pauvre femme.

Je n’ai rien à te dire de particulier, mais fais attention à toi. Ce n’est pas le même terrain de jeu ici… Ajouta-t-elle en m’aggripant la main, fais attention à toi.

-Okay, merci pour vos conseils, répondis-je troublé alors que les larmes coulaient de nouveau derrière son sourire de façade

Nous avons continué à discuter un peu tous les deux avant que Sohan ne me rejoigne et soit visiblement agacé par le comportement de la quinquagénaire. Elle finira par partir, nous laissant poursuivre la conversation. La peur aidant, je décide de réserver une excursion de snorkeling avec lui. Je suis rentré à l’appartement avec un sentiment bizarre, un mélange d’émotions, d’appréhensions et de remise en question. Était-ce une bonne décision d’être parti seul en Egypte ?

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