Nouvelle-Zélande

Chapitre 12 : Pagaille au camping

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Cela fait déjà deux semaines que je bosse pour un motel de Blenheim. Je commence à prendre mes repères dans cet environnement quelque peu particulier. Lors de chaque smoko, je me vois contraint d’écouter les histoires « self-centered” de Ben. Il est stupéfiant de constater que malgré ses septante ans, il réagit encore comme un adolescent en manque de reconnaissance. Il lui est toujours arrivé des aventures plus incroyables que n’importe qui, a toujours la meilleure réplique à balancer et s’arrange toujours pour mettre en avant son passé de baroudeur à mi-temps. Ancien pilote d’hélicoptère, il avait ramené quelques photos afin de nous présenter son ancien boulot. C’était assez intéressant, je dois bien l’avouer, sauf quand il forçait tout le monde à regarder la photo “plus longtemps. Tu t’imprégneras mieux de mon ressenti”. J’avais parfois tendance à comprendre pourquoi Liam coupait court à la conversation de ses employés…

Nettoyer le lodge et ses 12 dortoirs… la plaie

Ash de son côté continuait de me conter ses histoires, toutes plus horribles les unes que les autres. J’avais énormément de peine pour elle. Elle se battait de jour en jour pour prouver qu’elle était capable de s’en sortir. De temps en temps, son envie de se surpasser devenait problématique. Je l’ai surpris en train d’ouvrir une chambre que j’avais déjà nettoyée et commencer à l’inspecter. Sauf qu’elle n’était pas ma responsable, mais ma collègue.

-Je peux t’aider, demandais-je à Ash
-Ha, heu, non, ça va, je…
-Tu vérifiais ma chambre ?
-Non, mais c’est parce qu’hier j’ai remarqué que tu avais mis les coussins dans le mauvais sens. Il faut faire attention aux détails ici!
-Je ne travaillais pas hier…
-Ha mais, je dis ça pour toi. Liam a pris mes chambres en référence pour les photos du site internet.
-Et bien je te félicite, mais, de nouveau, je ne travaillais pas. Et si quelque chose ne va pas, je préfère que tu viennes me le dire, c’est plus sympa.
-Oui, mais n’oublie pas que tu dois mettre les coussins dans ce sens-là, répéta-t-elle confuse en s’apercevant que les oreillers étaient placés correctement
-Okay, soupirais-je en coupant court à la conversation.

De plus en plus de chambres au cours des semaines suivantes

Je constate amèrement que mes heures passées dans le camping ne sont pas suffisantes. Même si je ne paye pas de loyer, je ne gagne pas des masses. L’occasion pour moi de peaufiner mon curriculum vitae à la bibliothèque, en imprimer une dizaine et aller faire le tour des restaurants et bars du centre-ville. Ma technique est simple, je cherche des restaurants qui me plaisent. Je dépose en priorité mon CV dans toutes les enseignes asiatiques et achève mon parcours dans un kebab. Avec surprise, je reçois un appel de ce dernier, dès le lendemain, pour une soirée d’essai. Le travail n’est pas trop contraignant, mais ma position de spectateur m’agace au plus haut point. Le patron me rappelle mon père, à toujours être derrière moi et à refaire tout ce que j’entreprends. Il me demande de préparer quelque chose, mais à peine je m’essaye au dit geste, il m’arrache le kebab des mains pour terminer et appliquer la sauce en cercles ou encore plier la serviette le plus esthétiquement possible. Cette quête de la perfection est tout à fait louable, bien qu’elle demeure frustrante. N’ayant pas pu manier quoique ce soit, je me contente d’observer car toutes mes tentatives finissent avortées. Le patron recherche des petites mains car il n’est pas prêt à laisser la sienne. Ce manque de confiance me rebute et me désespère quant à la suite de ma collaboration avec lui.

Heureusement, ce même soir, je reçois un message d’un restaurant thaïlandais, intéressé par mon profil. La patronne me propose une soirée d’essai de quelques heures en leur compagnie. Le courant passe plutôt bien et le job est beaucoup plus agréable car je sens qu’on me fait confiance. Je prends des initiatives et surprend l’équipe par ma rapidité. C’est décidé, je travaillerai pour eux et pas au kebab. Je préviens le patron et découvre quelques jours après un message sur Facebook narrant la triste réalité de ce restaurant. “Mauvais payeur”, “Traite mal ses employés”, et j’en passe. Une aubaine pour moi ! Cela ne me permet de ne pas regretter mon choix et surtout d’être nourri gratuitement chaque soir ! De la bouffe thaïlandaise, le rêve !

Mes journées deviennent alors beaucoup plus chargées. De 9h à 13h environ au motel, ensuite de 17h30 à 22h au restaurant en semaine, parfois jusqu’à minuit les week-end. Je suis payé pour travailler au camping, je ne paye pas de loyer, je peux utiliser les facilités (cuisine, douche et wifi) et en plus, je reçois de la bouffe gratuitement au restaurant. Le bon plan par excellence ! Au fur et à mesure des jours, je vois mon compte en banque gonfler à mon plus grand bonheur.

Affairé dans la cuisine, lors d’un jour de congé, Ash débarque pour nettoyer les facilités. Son visage est grave, sa mine est triste.

-Comment ça va ? lui demandais-je
-On a incendié ma voiture hier soir, répondit-elle, j’étais chez ma sœur et quelqu’un est venu frapper à la porte en disant que la voiture était en feu.
-Mais non ?! J’hallucine ! Tu sais c’est qui ?
-Je n’ai rien fait pour mériter ça. Chaque jour, je me bats pour m’en sortir, enragea-t-elle en pleurant, je ne comprends pas pourquoi on m’aurait fait ça…
-Tu as appelé la police ?
-Oui, répliqua-t-elle en hochant la tête abruptement, la police dit qu’il pourrait s’agir d’un acte de vandalisme au hasard. Que quelqu’un aurait jeté de l’essence sur ma voiture et aurait mis le feu pour s’amuser
-Putain, je suis dégoûté pour toi
-Je voulais juste m’acheter une caravane pour avoir enfin un endroit où vivre. J’y étais presque, j’aurais pu l’avoir dans quelques mois. Je me serais installé sur le camping et Liam ne m’aurait rien fait payer. Il va falloir que je me rachète une nouvelle voiture maintenant.

La nouvelle s’est vite répandue comme une traînée de poudres parmi le camping. Ben, quelque peu sociopathe, adorait en rajouter une couche. Un moment de malaise exceptionnel lors du smoko du lendemain.

-Oh Ash, j’ai appris pour ta voiture, quelle horreur ! Des nouvelles de la part de la police ? Avait-il demandé
-Non, rien. Mais, il y a peu de chance de retrouver les coupables
-C’est tout simplement abominable, en particulier au vu de ta situation. Je ne sais même pas comment tu fais pour travailler ! Moi, je serais effondré!
-Je n’ai pas trop le choix, j’ai besoin de cet argent pour m’acheter une nouvelle voiture
-Ha oui, vu que tu n’as plus de maison et que tu es sans domicile fixe
-Je reste chez ma sœur pour le moment, mais…
-Ce n’est quand même pas une vie…

Vomi, chiasse, odeur de clope, la totale

Ben était le champion du malaise et ne savait jamais vraiment quand il devait la fermer. Mes autres collègues et moi-même assistions impuissants à la scène. Ash me faisait de la peine, mais je ne savais pas comment l’aider à part la soutenir moralement. Les journées commençaient à devenir plus intenses et, paradoxalement, de moins en moins bonnes. Des chambres ravagées, des bouilloires remplies de pisse, des traces de merde sur les draps, du vomi sur la carpette, des culs de joints dans les draps, un pneu abandonné sous le lit, une montagne de vaisselle, des odeurs de tabac froid et de fritures. Les journées n’étaient pas toujours évidentes, mais elles comportaient, sans l’ombre d’un doute, leur lots de surprises.

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