Taiwan

Chapitre 13 : Rapprochement tactique

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J’arrive enfin à Kaohsiung, cette ville majeure également située à l’ouest de Taïwan, après plusieurs jours de voyage de petites villes en petites villes. Mon pote qui m’avait rejoint en moto à Kenting y réside depuis plusieurs années. J’arrive à mon hostel en fin d’après-midi, lessivé après de nombreuses heures de trajet en bus. Je fais un léger point sur mon voyage, riche en émotions fortes, et réalise que nous sommes déjà en fin février. Le temps passe à une vitesse folle depuis que j’ai quitté la capitale taïwanaise. Je commence à réaliser que cela fait longtemps que je n’ai plus “scorer”. “Pas de points panda”, m’aurait soufflé un autre pote, mais j’étais déjà à la masse depuis presque deux mois. Malgré une soirée passée à explorer la cavité buccale d’une petite italienne à Dulan, rien ne m’était arrivé de concret depuis lors. Je décide de sortir mon téléphone de nouveau, arme ultime contre les “blue balls” redoutées par nombreux de mes amis. C’est sans pression, sans même une once de honte ou de remords, que j’attaque directement sur Tinder, arme ultime contre la “fausse” solitude du voyageur. Je tente une approche plutôt directe qui consisterait à ramener une proie dans mon hostel. Et ce, afin de vérifier les dires de mon pote. Cependant, nous ne sommes pas dans un hostel “à l’occidentale”, il faut donc être discret pour ne pas se faire griller ou même dénoncer par ses camarades de chambre. Les Taïwanais sont très gentils, mais la rivalité entre garçons est toujours présente et le respect des règles prime sur tout. Pas de wingman ici. Je décide de proposer à mon match d’entrer en douce dans l’hostel et de se réfugier dans les douches. Osé, interdit, sexy, un véritable package que j’offre de bon cœur à Noémie, 33 ans. Choqué, surpris, estomaqué, elle me répond dans la minute.

En quelques secondes, mon rencard est lancé

Mon plan a marché. Même s’il m’échappe encore un peu, il s’annonce “challenging”. Vers 23h30, je me rends à la station de métro pour rencontrer Noémie. Regard de braise, chevelure gominée, rouge à lèvre discret, sourire ravageur, je suis sous le charme. Contrairement aux autres meufs que j’avais eu l’occasion de rencontrer, Mary et Fiona, Noémie m’enlace en me voyant. Je lui souris en retour, presque désarçonné par ses yeux revolver et ce charme qui se dégage d’elle. Nous nous dirigeons vers le 7/Eleven afin d’acheter deux Taïwan beer, un must ici. Et parmi les moins chères, ce qui arrange mon portefeuille, vu que je préfère limiter mes dépenses.

-Cela m’a étonné que tu répondes à ma proposition, plaisantais-je
-On ne m’a jamais proposé ça comme ça. J’aime le risque et ça en valait la peine, j’ai bien l’impression

Mais bordel, comment fait-elle pour me désarmer aussi facilement ?! “C’est un piège”, pensais-je. Pourtant, Noémie est très joviale, sociable, a une conversation intéressante et me fait craquer. Elle n’a pas envie de se caser tout de suite, ne veut pas d’enfants pour le moment, aimerait bien voyager, en a marre de la pression sociale de sa famille sur le fait qu’elle soit encore célibataire.

-Tu veux une autre bière ?, lui proposais-je alors que je venais de finir la mienne
-On est pas venus ici pour boire il me semble, me rétorque-t-elle avec malice
-Exactement, répondis-je soufflé par tant d’audace, on fait quoi ? On se dirige vers l’hostel ?
-Parfait, je te suis!
-Je vais d’abord m’assurer qu’il n’y a personne dans les communs
-Je t’attends en bas, me proposa-t-elle une fois arrivée

Je monte dans l’ascenseur, essaye de calmer la mi-molle qui commence doucement à poindre et sors avec fracas, direction le lobby. Je scanne ma carte et me rend compte que le communautaire, situé à l’entrée, est rempli de Taïwanais. Une quinzaine de personnes qui s’esclaffent jouant au Monopoly, en buvant du thé et en grignotant des chips. Dans ma tête, un léger “Putain de bordel de merde” résonnait en chœur. Un écho perpétuel qui transformait mon cerveau en une cocotte-minute prête à exploser. “Un plan B, un plan B”, continuais-je de me répéter alors que j’étais de nouveau à bord de l’ascenseur. Les portes s’ouvrent, je suis tout penaud face à mon date.

Ce n’est pas toujours pour des histoires de coucheries et tromperies, c’est simplement un moyen de partager quelques heures d’intimité avec la personne que l’on aime. Les gens vont parfois au Love Hotel simplement par manque d’espace dans leur propre maison

-Un souci ?, me questionne-t-elle avec une moue
-Le salon est rempli de personnes qui jouent au Monopoly. Mais merde quoi, il est presque 1h du matin!
-Bha, c’est pas grave, on n’a qu’à aller ailleurs
-Où ça ? Chez toi ?
-Pas moyen, j’habite chez mes parents. Par contre, on peut aller au motel (appelé aussi Love Hotel)

Mes yeux s’écarquillent. Au motel ? Je n’y aurais jamais pensé. Tout en nous dirigeant vers celui qui semble le plus proche de mon hostel, nous entamons une conversation qui va véritablement m’éclairer sur les relations sociales à Taïwan. “Tu sais, ici, la famille c’est très très important pour nous. La plupart des gens restent très longtemps chez leurs parents. Même lorsqu’ils sont mariés, généralement ils viennent habiter dans la même maison. Ils occupent l’étage alors que les parents investissent le rez-de-chaussée. Cependant, niveau intimité c’est très compliqué pour nous les jeunes. On ne peut jamais être véritablement seul. C’est pourquoi, beaucoup de gens que je connais vont au motel pour passer un peu de bon temps. Ce n’est pas toujours pour des histoires de coucheries et tromperies, c’est simplement un moyen de partager quelques heures d’intimité avec la personne que l’on aime. Les gens vont parfois au Love Hotel simplement par manque d’espace dans leur propre maison”, me confie Noémie. Je l’écoute avec intérêt et me rends compte que j’avais une vision totalement biaisée du motel (non pas baisée, mais bien tenté, amateur de contrepèterie).

La fonction du Love Hotel est très importante également au Japon

Nous arrivons finalement devant ce fameux établissement. Seul un panneau aux couleurs criardes indique de quoi il s’agit. Nous descendons dans un parking souterrain où se situe la réception. Noémie s’occupe des détails, je me charge de payer. Il faut compter 35 euros pour trois heures dans une chambre de motel. Un prix plutôt attrayant qui me fait moins mal au portefeuille que ce que j’avais imaginé. Nous recevons une carte magnétique avec le nombre 25 dessus. Nous continuons à marcher dans le parking jusqu’à trouver cette fameuse porte de garage numérotée “25”. Le volet métallique s’ouvre lentement. Derrière se trouve un espace vide avec une porte contre le mur du fond. Une fois entré, la porte du garage se referme automatiquement alors que nous commençons à gravir les marches de l’escalier dissimulé au bout de la pièce. Nous débarquons alors dans une chambre avec des colonnes à la romaine, un grand lit double, un hammam, un jacuzzi, une douche, une télévision. Bref, le grand luxe ! Chaque chambre du Love hotel possède une ambiance différente, certaines sont plus chères que d’autres évidemment. Je n’ai pas eu l’occasion de les tester toutes, mais il s’agissait probablement du thème disponible lorsque nous sommes arrivés. Une véritable “life-changing experience”.

Une chambre à disposition pour toutes vos envies

Il est presque 4h30 lorsque je prends un taxi avec Noémie en direction de mon hostel. Nous nous quittons sur un baiser passionné, qui aura sans doute mis le chauffeur mal à l’aise, qu’importe. A peine sorti, je reçois un message de sa part, m’expliquant qu’elle avait passé une très bonne soirée et qu’elle aimerait me revoir à l’occasion. Je ne reste pourtant pas longtemps sur Kaohsiung, mais j’ai passé une agréable soirée également. Qui plus est, elle m’a permis d’apprendre de nouvelles choses concernant Taïwan, ses habitants et leur mode de vie. Une soirée riche en émotions, apprentissage et découverte.

Quelques jours plus tard, alors que je venais d’arriver à Chiayi, ville modeste de l’ouest de Taïwan, un souci de taille m’empêche de continuer à mon aise. J’ai perdu ma carte de banque. Auparavant, j’avais déjà réussi a bloquer ma carte de crédit alors que j’étais encore sur Taipei. Une sombre histoire d’alcool, une fois de plus. Mais cette fois déroge à la règle puisque j’ai tout simplement oublié de reprendre ma carte au distributeur de billets après l’avoir déposé sur le côté. Oui, j’ai bien fait cela… Je fais demi-tour, mais il est trop tard évidemment. Grâce à l’aide d’un pote belge je parviens à faire bloquer ma carte et préviens mes parents de l’arrivée prochaine d’une nouvelle carte de crédit à m’envoyer à Taiwan. Ils sont enchantés à l’idée de recommencer ce pénible procédé pour la deuxième fois en quelques mois a peine. « Tu ne fais attention à rien bon Dieu ! » Je décide donc de me diriger plus rapidement que prévu vers Taichung, une ville assez importante située au nord de Chiayi et où je peux trouver un DHL afin de récupérer mon dû. Mais voila, je suis limité en termes d’argent, il me faut absolument un plan de secours, je n’ai que peu de liquide en ma possession. Il me vient alors une idée, un stratagème pour profiter à mon tour de tout ce dont on m’avait été redevable sur Taipei. Dominique a son restaurant sur Taichung. L’occasion de m’imposer et de trouver du travail ainsi qu’un logement pas cher, voir gratuit, qui sait ? C’était à mon tour de ruser ! Je file désormais en direction de Taichung.

Après m’être installé, je décide de contacter Charles, le manager du restaurant de Dominique. Je me souviens avoir gardé son contact Facebook et je me rappelle qu’il m’avait lui aussi parlé d’un job disponible. J’essaye donc de contourner mon ancien patron en espérant que Charles puisse m’engager de son côté. Je me renseigne sur l’adresse et le préviens de mon passage afin de m’assurer de sa présence. Il est là et me propose de venir goûter les mitraillettes (sandwiches belges remplis de frites, d’une viande et d’une sauce) qu’ils ont en stock ! C’est certain, lui et moi on va bien s’entendre.

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1 Reply

  1. Très chouette article comme d’habitude 🙂 je me rends compte que je suis hors jeu niveau vocabulaire Tinder, je n’ai pas compris grand chose 😅 mais c’est intéressant de savoir que tu as encore une vie sexuelle épanouie hahaha

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