Nouvelle-Zélande

Chapitre 6 : Je pense donc je prie

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La vie suit son cours, nos dos souffrent le martyr, notre consommation de bières atteint des sommets, des kiwis jonchent le sol, nous nous réfugions dans des soirées films, bref, la routine s’installe. Parmi les différentes personnalités de la coloc, une en particulier me surprend. Yannis, 20 ans, originaire de Grèce et vivant au Pays-Bas, est ce qu’on pourrait appeler un sale gosse. Plutôt massif, cheveux bouclés en bataille, adorant la bouffe et la déconne. Je m’entends bien avec lui, mais je lui reconnais plusieurs défauts prédominants, probablement dû à sa jeunesse. Un soupçon d’égoïsme, de « je-m’en-foutisme » couplé à une tendance à vouloir être le meilleur et à privilégier la compétition. Malgré cela, je me lierai assez vite d’amitié avec lui, pour son côté jovial, réfléchi de temps en temps et surtout ouvert aux discussions et à la remise en question.

La fine équipe en plein jeu

Cet étrange personnage avait de quoi surprendre Après l’avoir entendu appeler sa copine “bitch” ou “gros tas”, il me déclara qu’il était chrétien et qu’il pensait que Jésus-Christ nous sauverait tous de l’enfer. J’étais abasourdi par ce chrétien qui n’avait pas l’air d’en être un. Il jurait souvent, buvait à outrance et semblait s’échapper de tous les stéréotypes que j’avais pu rencontrer en termes de croyants. Il lui arrivait de temps en temps de laisser traîner sa bible sur la table. Était-ce un moyen de nous rappeler ce qu’il était ? Avait-il peur qu’on l’oublie ? Il est vrai que lorsque je l’observais dans le verger en train de balancer des kiwis sur les gens ou de me faire des “sack tap”, il s’éloignait de toutes considérations religieuses à mes yeux. Il conduisait vite, faisait des dérapages, écoutait du rap chrétien (dont la musique que vous êtes en train d’écouter), il était tellement aux antipodes de l’image du chrétien lambda. Un jour, prenant mon courage à deux mains, je lui ai demandé pourquoi il croyait.

-Quand j’étais petit, j’étais turbulent, me lance-t-il, je n’écoutais pas très bien à l’école, je me fichais de tout.
-Comme maintenant en somme, répondis-je avec un grand sourire
-C’était différent connard !, rétorqua-t-il, bref, je continue. Ma mère est tombé gravement malade. Les médecins étaient pessimistes, elle ne devait pas s’en sortir aussi facilement et perdre l’usage de ses jambes. Je me souviens avoir beaucoup prié et espéré de tout mon cœur que Dieu la sauve. Chaque jour qui passait, j’attendais un miracle, que quelque chose la sauve et l’empêche de ma laisser tout seul
-Que s’est-il passé ensuite ?
-Un jour, les médecins n’ont jamais su l’expliquer, elle s’est sentie mieux. Elle s’est mise à guérir, sans véritable explication logique. Après plusieurs mois, elle a été capable de remarcher. Les docteurs tombaient des nues et ne se l’expliquent toujours pas. Pour moi, c’est une miraculée, c’est la preuve que Dieu existe. Dans mon village en Grèce, tout le monde la connaît et c’est comme ça qu’on l’appelle là-bas.
-Tu ne penses pas qu’elle aurait pu subitement réagir au traitement ou qu’elle ait trouvé une force pour se battre
-Impossible, répéta-t-il, quand tu fais face à ce genre d’expérience, tu ne peux qu’accepter ce signe de Jésus-Christ. A partir de ce moment, je suis devenu croyant
-Je comprends
-Tu étais croyant avant ?
-Effectivement, quand j’étais plus jeune, j’étais assez croyant, mais plus maintenant. Je préfère remettre mon destin à moi-même plutôt qu’à une éventuelle force supérieure

L’apocalypse est-elle prévue ?

Cette discussion nous permettra de continuer à discuter avec sa copine également. Elle regrettait ne pas avoir eu d’apparitions et de signes aussi fort que ceux de Yannis, mais ne désespérait pas d’en avoir un jour. Ils ont, par plusieurs tentatives, essayé de changer mon fusil d’épaule, mais je suis resté sur mes positions. A chaque fois que j’essayais de leur donner mon point de vue, ils trouvaient une pirouette pour la ramener à Dieu. “Ha, mais si tu penses comme ça, c’est parce qu’il t’a fait réagir comme ça. Il y a toujours une raison”, insistaient-ils. C’était extrêmement compliqué pour moi d’accorder de l’importance à ses dires car cela supprimait mon libre-arbitre, ce qui m’insupporte au plus haut point. Lorsque je mettais Yannis et sa copine face à leur contradictions et certains de leurs comportements, ils me répondaient que Dieu les pardonnerait. Ils partaient du principe que personne n’était parfait et qu’il était normal de faire des erreurs. C’était une bonne mentalité, bien qu’elle ne les remettait jamais en question. De temps à autre, ils prenaient congé le dimanche et allaient à l’Église.

-Si tu crois qu’en allant te confesser Dieu oubliera le connard que tu es, t’es vraiment optimiste, lui avais-je lancé à l’occasion

L’ambiance restait bon enfant entre nous, c’était ce qui comptait le plus pour moi. Au final, la religion n’était jamais véritablement abordée frontalement, mais par certaines remarques pernicieuses, je sentais une forme de jugement de sa part et de celle de sa copine. Quand je leur racontais mes “dates Tinder”, je voyais une forme de mépris et d’incompréhension dans leur regard. “Tu sais que tu fais souffrir toutes ces filles en leur mentant ?”, me répondaient-ils effarés. “Non, je suis franc avec elles, je ne leur mens pas et ne prétend pas être amoureux ou vouloir du sérieux. Cela ne m’empêche pas de créer une connexion avec elles, même si elles sont nombreuses”, me défendais-je “Les pauvres filles, je les plains”, ajoutait parfois sa copine perplexe face à mes réponses. Et ce qui était assez paradoxal, c’est qu’au-delà de ce type de remarque, j’étais probablement l’une des personnes avec laquelle le couple s’entendait le mieux dans la colocation. Hallelujah !

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