Nouvelle-Zélande

Chapitre 7 : Les fruits défendus du verger

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Je n’en peux plus des kiwis. Je les exècre. Je les vois partout. Dans le verger, aux abords de notre colocation, dans mes rêves et même dans les rayons des magasins. Je ne peux m’empêcher de les regarder et de juger les fruits que je trouve au Countdown (L’un des supermarchés les plus connus en Nouvelle-Zélande).

Parfois, on voit de tout

-Hey les gars, regardez ! Ils sont plats ces kiwis, comment ont-ils pu se retrouver dans le commerce ?! Quelle bande d’incompétents, rigolais-je avant de réaliser toute la tristesse de ce commentaire. J’avais grand besoin de sommeil.

Chaque jour, c’était la même rengaine. Nous changions de vergers fréquemment, mais certains endroits étaient, il faut bien le reconnaître, pires que d’autres. Des allées très basses, un nombre très important de fruits qui nous obligerait à bosser encore plus, un terrain en pente ou encore des zones envahies par des moustiques et autres saloperies qui piquent. Cependant, un jour, nous avons reçu l’adresse d’un nouveau verger. D’habitude, nous étions excités à l’idée de changer d’endroit car cela amenait un peu de nouveauté. Cependant, si ce nouveau verger était loin, c’était l’enfer car cela nous obligeait à nous lever encore plus tôt. Avec surprise, notre point de rendez-vous n’était qu’à dix minutes de route, de quoi nous mettre de bonne humeur pour entamer une nouvelle journée de dix heures. Une fois arrivé sur place, Kumar nous attendait avec un autre manager avec lequel nous avions déjà travaillé.

Raison pour laquelle je vous interdis de prendre des photographies, de mentionner sa location ou encore d’en parler à vos proches. Nous allons vous faire signer des contrats afin que ce deal soit légal et bien clair entre nous. J’espère que je me fais bien comprendre.

-Bonjour à tous, nous lança ce dernier, j’espère que vous êtes en forme car on a du boulot
-Ta gueule, murmurais-je à ce sombre connard qui n’hésitait pas à nous faire des remarques déplacées la plupart du temps
-Aujourd’hui n’est pas coutume, je fais appel à vous pour réaliser une tâche particulière. Nous sommes dans un verger secret
-Secret ? S’interrogea Yannis, il a quoi de secret votre verger ?
-Une petite minute, le coupa-t-il net, nous avons fait appel à votre équipe parce que je sais que Kumar possède de bons éléments. Je sais également que vous travaillez tous les jours, ce qui m’arrange car je veux que l’affinage soit effectué le plus rapidement possible. Vous avez cinq jours pour terminer tout le verger
-Cinq jours ? Mais c’est gigantesque, répliqua d’emblée l’un de nous les yeux écarquillés
-Tais-toi, je n’ai pas encore fini de parler, rétorqua le boss en levant sa main, ce verger est particulier. Raison pour laquelle je vous interdis de prendre des photographies, de mentionner sa location ou encore d’en parler à vos proches. Nous allons vous faire signer des contrats afin que ce deal soit légal et bien clair entre nous. J’espère que je me fais bien comprendre.

Le boss avait fait son show, il avait pris son air menaçant et avait confié une tâche importante à ses petites mains. Les backpackers que nous sommes, pièces interchangeables, disposés à être abusés, pressés et tordus dans tous les sens. Surveillés de toutes parts, nous étions assignés à la même tâche que d’habitude, mais quelque chose ne tournait pas rond dans ce verger. Après avoir commencé mon allée, je me rends rapidement compte que le premier carré, délimité par une imposante structure en bois, n’est pas du tout identique au second. Les arbres sont différents, les fruits ont des formes différentes et des couleurs étonnantes. Je reste perplexe. Ais-je rêvé ? Est-ce la réflexion de la lumière ? Ha ben non, ce kiwi m’a l’air vert pomme, presque fluorescent. Je continue mon affinage, en tentant de focaliser mon regard sur la moindre anomalie. Soudainement, je tombe nez à nez avec une grappe de kiwis aux reflets rougeâtres. Je fais tomber un mauvais fruit par terre et décide, par curiosité, de marcher dessus afin qu’il éclate. Quelle ne fut pas ma surprise en constatant que l’intérieur était rouge…

C’était la première fois que je voyais ça, mais après m’être renseigné, certains pays ont déjà eu la possibilité de goûter cet étrange fruit au goût de framboise issu de manipulations génétiques. “From a marketing perspective, the red colour is a huge advantage in China, because it symbolises good luck and wards off evil. He predicts the red kiwifruit could be hugely popular there, as Chinese frequently send fruit as a gift”, peut-on lire sur le site stuff.com.

Mais ce n’est pas tout, au plus je bossais dans ce verger et au plus les fruits me semblaient bizarre. Des kiwis aux reflets bleuâtres ou jaunâtres finissaient par devenir monnaie courante. Mes yeux n’étaient pas prêts pour cela, même après 50 heures passées dans ce verger. Ce fut, probablement, l’expérience la plus bizarre que j’ai eu l’occasion de voir au cours de mon travail dans les kiwis. Ce verger était dédié à la création de nouvelles variétés. On y tentait ce qu’on voulait et on créait tout et n’importe quoi. Une fois ce verger terminé, nous sommes repartis dans nos champs traditionnels. Les jours passaient et se ressemblaient de nouveau. C’est grâce au groupe que je n’ai pas craqué, sinon je serais devenu fou.

Au total, j’aurais bossé trois mois non-stop dans les fermes de kiwis, presque  800 heures. Un moment pénible et épuisant, mais nécessaire pour gagner de l’argent et me permettre de continuer à voyager. Nous sommes en janvier, je quitte désormais ma bande de potes en leur promettant qu’on se retrouvera tous sur l’île du sud. Une promesse que nous respecterons dès le mois suivant. En attendant, l’aventure allait enfin pouvoir commencer !

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